« In December, drinking Horchata… » Ainsi commence Contra, le second
opus de VW, en plantant le décor : La fraicheur de l’hiver, et une boisson estivale, sucrée et glacée, au parfum hispanique. Un contraste représentatif : ce groupe n’est rien d’autre
que l’inventeur de l’indie world music, où de l’art de mélanger les genres et les influences, sans tomber dans la variété avariée. On trouvera donc ici des rythmes calypso
(« Horchata »), des percussions ensoleillées (« California english »), des histoires de diplomates (« Diplomat’s son »), et une ode aux vacances
(« Holiday »). Le tout avec une énergie rafraîchissante et une production chaleureuse. Un album parfait pour passer l’hiver à voyager au chaud, et à siroter de l’Horchata, tout en
regardant la neige tomber.
On écoute parfois des albums de musique comme on regarde des albums de photos, avec
une nostalgie prégnante et des visions jaunies par le temps. J’ai découvert Pet Sounds à l’adolescence et la mélancolie infinie de ces dix chansons m’a envahi jusqu’à l’écoeurement. Je n’étais
pas habitué à tant de tristesse sublimée. Les Beach boys harmonisent à 6 voix et pourtant, ils chantent mieux que personne la solitude. Car si le thème de l’album est l’amour, il s’agit
plus précisément du sentiment d’isolement de celui qui par crainte de ne trouver en l’être aimé un écho à son désir, s’enferme dans une relation fantasmée. Le quasi-autiste et génial Brian Wilson
trouve pourtant ici un moyen de communiquer ; les mélodies douces-amères et les arrangements aventureux (instrumentation orchestrale avec flûtes, cordes, clavecin, mais aussi clochettes,
sonneries de bicyclettes et aboiements…) ont une puissance d’évocation sans égal. L’heure n’est donc plus aux surfs, aux voitures et aux filles faciles pour ces garçons de plage faussement
joyeux. Si le premier morceau, l’optimiste « Wouldn’t it be nice » fait encore illusion, les chefs d’œuvre qui suivent ne peuvent que traduire l’inadéquation entre une époque un peu
folle et l’angoisse existentielle de l’aîné des Wilson (« I know perfectly well I’m not where I should be », « I just wasn’t made for this time »…)
La deuxième face du disque illustre encore davantage cette impression de tristesse
lumineuse, avec l’inégalable « God only knows » en ouverture et un poignant « Caroline No », qui vient clore un album parfait et intemporel.
A écouter de préférence : dans des moments de douce
mélancolie
Note : 20/20
Anecdotes concernant l’album:
* le choix de l’album résulterait en fait du choix de ses initiales (P.S), hommage
rendu par Brian Wilson à son mentor Phil Spector et à son « Wall of sound ».
* l’enregistrement de l’album est en grande partie le fruit du cerveau d’un Brian
Wilson isolé dans la cité des anges. Les meilleurs musiciens de studio y ont contribué et c’est seulement à la toute fin que les autres Beach boys, qui rentraient de tournée au Japon, ont posé
leur voix et donné corps aux harmonies imaginés par Brian.
* La chanson « Sloop John B » est à la basse un air traditionnel du folklore
des caraïbes.
* La chanson « I know there’s an answer » aurait du s’intituler « Hang on to
your ego », mais Mike love s’y opposa parce qu’il soupçonnait derrière ce titre une allusion au LSD, sensé réduire l’emprise inhibitrice de l’ego.
* L’album a été mixé en mono. Ce choix ne s’explique par seulement pour des raisons
techniques et des partis pris esthétiques, mais principalement parce que Brian Wilson est sourd de l’oreille droite. Une reédition en stéréo est disponible depuis peu.
* Pet sounds a véritablement impressionné les artistes de l’époque. Eric Clapton, Bob
Dylan, mais surtout Paul Mc Cartney ont exprimé leur admiration. Les Beatles et leur producteur Georges Martin ont d’ailleurs reconnu son influence sur l’enregistrement de « Sergent Peppers
Lonely heart Club band ». On peut parler d’une saine émulation entre le groupe anglais et les Beach boys puisque Brian wilson déclarait déjà son amour pour « Rubber Soul » lors de
l’enregistrement de Pet sounds. Cependant, la compétition tourna court lors de l’enregistrement de son successeur, « Smile », puisque Brian Wilson, voulant surpasser le chef d’œuvre des
fab four, sombra peu à peu dans la démesure et la folie.
* Pet sounds est considéré comme le 2ème meilleur album de tous les temps,
par le magazine Rolling Stones.
JJ, nom mystérieux…il ne s’agit pas de JJ cale, ni d’un groupe de reggae-dub, comme
pourrait le faire croire le végétal de la pochette. Chaleur, moiteur, rythmes chaloupés des îles caraïbes, autant d’indices qui nous éloignent de la véritable provenance de cette entité musicale
suédoise du très bon label « Sincerely Yours » (The Tough Alliance, Air France…). Seules les voix féminines, éthérées et vaporeuses, rappellent le brouillard glacé des plaines
nordiques. Cette musique est donc une espèce de fusion, une concentration d’influences aussi diverses que le shoegaze, la pop synthétique, les rythmes africains, le folk suédois et l’électro
minimaliste. Voyage intérieur et résonances universelles, d’une musique comparable à la beauté et à la fragilité d’un ciel estival.
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